Le débat autour d’une éventuelle modification de la Constitution du 18 février 2006 continue de diviser la classe politique et religieuse en République démocratique du Congo. Alors que plusieurs figures des Églises de Réveil affichent leur soutien à une réforme constitutionnelle, le pasteur Moïse Mbiye a publiquement exprimé ses réserves, dénonçant une instrumentalisation politique de l’Église.

Des pasteurs favorables à une révision de la Constitution

Depuis plusieurs mois, le débat sur la révision constitutionnelle prend de l’ampleur dans le pays. Des responsables religieux influents, notamment Ejiba Yamapia, Godé Mpoy, Marcelo Tunasi, Léopold Mutombo Kalombo ou encore Patrice Ngoy Musoko, estiment qu’un changement de la loi fondamentale pourrait être nécessaire pour répondre aux défis actuels du pays.

Mais cette position ne fait pas l’unanimité au sein des milieux religieux.

Moïse Mbiye dénonce un « camp des lépreux »

Lors de son culte du dimanche 10 mai 2026 à Cité Bethel, Moïse Mbiye a critiqué les pasteurs qui consacrent, selon lui, davantage de temps aux discussions politiques qu’à leur mission spirituelle.

Dans une déclaration particulièrement marquante, il a évoqué l’existence d’un « camp des lépreux », une image destinée à dénoncer des regroupements religieux focalisés exclusivement sur la question constitutionnelle :

« Il y a des rassemblements des pasteurs où, quand ils se retrouvent, ils parlent uniquement politique et pensent seulement à changer la Constitution. C’est devenu un camp des lépreux. »

Pour le responsable religieux, certaines figures ecclésiastiques auraient abandonné leur rôle d’encadrement spirituel au profit d’intérêts politiques.

« Le changement doit servir le peuple »

Face aux réactions suscitées par ses propos, Moïse Mbiye a clarifié sa position le lendemain sur Top Congo FM, lors d’un entretien accordé au journaliste Christian Lusakueno.

Le pasteur a précisé qu’il n’était pas opposé à une modification de la Constitution en tant que telle, mais qu’il rejetait toute réforme motivée par des intérêts individuels ou politiques.

« Nous ne devons pas changer uniquement pour accompagner le Chef de l’État. Le changement doit servir le peuple, sa paix et son avenir. »

Il affirme également continuer à prier pour le président Félix Tshisekedi, tout en appelant l’Église à défendre avant tout l’intérêt collectif.

Une fracture au sein des Églises congolaises

Cette sortie médiatique met en évidence les profondes divisions qui traversent aujourd’hui les milieux religieux congolais sur la question constitutionnelle. Dans un pays où les Églises jouent un rôle majeur dans la vie sociale et politique, la prise de position des leaders religieux influence fortement l’opinion publique.

Pour de nombreux observateurs, l’intervention de Moïse Mbiye traduit une inquiétude croissante face au risque de politisation de la foi et d’instrumentalisation des communautés religieuses.

Le débat dépasse désormais le simple cadre juridique : il touche à l’avenir démocratique du pays, à la crédibilité des institutions religieuses et aux tensions politiques qui entourent déjà l’échéance présidentielle de 2028.


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