En République démocratique du Congo, une vidéo intime publiée sans le consentement de la personne concernée peut circuler en quelques minutes sur WhatsApp, Facebook, TikTok ou dans des groupes privés. Pourtant, l’auteur de la diffusion est souvent difficile à identifier et les poursuites peuvent s’avérer complexes.
Un préjudice qui dépasse les réseaux sociaux
La diffusion non consentie d’une vidéo intime constitue une atteinte à la vie privée et à la dignité de la personne concernée. Elle peut entraîner des humiliations, des menaces, du chantage, des ruptures familiales, une exclusion sociale ou encore des difficultés professionnelles.
Dans un contexte où la réputation occupe une place importante dans la vie familiale et communautaire, les conséquences peuvent être particulièrement lourdes. Les femmes et les filles figurent parmi les principales victimes de ces violences numériques.
En décembre 2025, ONU Femmes et les autorités congolaises ont notamment consacré la campagne des 16 jours d’activisme aux violences numériques faites aux femmes et aux filles en RDC.
Un principe doit être rappelé : avoir accepté d’être filmé ou avoir envoyé une image intime ne signifie pas avoir consenti à sa publication ou à sa diffusion.
L’anonymat complique les enquêtes
L’identification des auteurs peut être difficile lorsqu’ils utilisent des pseudonymes, des comptes temporaires, plusieurs profils ou des numéros de téléphone difficiles à relier à leur identité. Certains contenus peuvent également être publiés par l’intermédiaire de tiers.
Lorsque l’auteur présumé se trouve à l’étranger, notamment dans la diaspora, les investigations peuvent devenir plus complexes en raison du caractère transfrontalier des faits.
Pour identifier l’origine d’une publication, les enquêteurs peuvent avoir besoin de données liées au compte, de traces numériques ou d’informations techniques conservées par les opérateurs et les plateformes. Or, une partie de ces données est détenue par des entreprises établies à l’étranger. L’obtention de certaines informations peut donc nécessiter des procédures de coopération judiciaire ou technique.
La rapidité de diffusion constitue également un problème. Un compte peut être supprimé, une publication modifiée ou certaines traces numériques disparaître avant même que les enquêteurs puissent les exploiter.
Les vidéos circulent aussi dans des groupes privés et sur des services de messagerie chiffrée. Une capture d’écran peut contribuer à documenter les faits, mais elle ne permet pas nécessairement d’identifier la personne à l’origine de la première publication.
Il est donc recommandé aux victimes de conserver les éléments utiles à l’enquête : liens, noms des comptes, numéros utilisés, dates, captures d’écran et éventuels messages de menace, sans télécharger ni repartager inutilement le contenu intime.
Des textes existent, mais leur application reste un défi
La RDC dispose d’un cadre juridique applicable aux communications électroniques et aux usages numériques, notamment à travers la loi n° 20/017 du 25 novembre 2020 relative aux télécommunications et aux technologies de l’information et de la communication.
Cependant, l’existence d’un cadre juridique ne garantit pas, à elle seule, l’identification des auteurs et l’aboutissement des poursuites.
Une analyse publiée par Droit-Numérique.cd relève notamment la banalisation de pratiques telles que le cyberharcèlement, le chantage, la diffusion de contenus intimes et les contenus truqués par intelligence artificielle en RDC. Elle met également en évidence plusieurs difficultés liées à l’anonymat, à la volatilité des données numériques et au caractère transfrontalier de certaines infractions.
À cela peuvent s’ajouter le manque de moyens techniques, le besoin de personnel spécialisé et la nécessité d’une coopération plus rapide avec les plateformes numériques.
Supprimer la vidéo ne suffit pas
Les victimes peuvent signaler les contenus aux plateformes concernées et saisir les services compétents afin de faire constater les faits et, lorsque cela est possible, engager des poursuites.
Mais le retrait d’une publication ne signifie pas nécessairement que son auteur a été identifié. Une plateforme peut supprimer un compte ou un contenu sans disposer de l’identité réelle de la personne qui se trouve derrière le compte.
Des dispositifs spécialisés existent également. Le service StopNCII.org permet notamment de créer une empreinte numérique d’une image ou d’une vidéo afin de contribuer à empêcher sa réapparition sur certaines plateformes participantes.
Cette solution reste toutefois limitée aux plateformes partenaires et ne constitue pas un substitut à une plainte ou à une enquête judiciaire.
La peur du jugement familial, de la stigmatisation ou des représailles peut également dissuader certaines victimes de signaler les faits. Elles peuvent parfois être accusées d’avoir provoqué la situation parce qu’elles avaient fait confiance à une personne ou lui avaient volontairement envoyé une image.
Pourtant, le fait d’avoir partagé volontairement une image avec une personne ne constitue pas une autorisation générale de la publier ou de la transmettre à d’autres.
Réduire la fracture numérique et renforcer les capacités d’enquête
Les difficultés rencontrées dans ces affaires tiennent donc à plusieurs facteurs : anonymat des auteurs, rapidité de propagation des contenus, conservation limitée de certaines données, utilisation de plateformes étrangères, caractère transfrontalier des faits et capacités techniques variables des services chargés des enquêtes.
À cela s’ajoute une connaissance encore insuffisante des droits et des réflexes à adopter en matière de sécurité numérique. Certaines victimes ne savent pas toujours comment préserver rapidement les éléments susceptibles de servir de preuves ou vers quels services se tourner.
Renforcer l’éducation numérique, former davantage les enquêteurs et les magistrats aux infractions numériques, améliorer les mécanismes de conservation et d’exploitation des preuves électroniques et renforcer la coopération avec les plateformes constituent autant de pistes pour améliorer la réponse judiciaire.
Car derrière chaque vidéo diffusée sans consentement, il n’y a pas seulement un contenu qui circule sur Internet : il y a une personne dont la vie privée, la dignité et parfois la sécurité peuvent être durablement affectées.
En savoir plus sur INFOSIMPLE.NET
Subscribe to get the latest posts sent to your email.

