L’annonce d’un dialogue national par le président Félix-Antoine Tshisekedi ouvre une nouvelle séquence politique en République démocratique du Congo. Alors que le pouvoir veut associer les 26 provinces à la réflexion, plusieurs figures de l’opposition rejettent déjà le format proposé et réclament davantage de garanties sur l’impartialité du processus.
Un dialogue en deux étapes
Le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo veut donner une dimension nationale à son initiative.
Le processus, prévu pour une durée maximale de trois mois, doit commencer par des consultations dans les 26 provinces avant de se poursuivre par des assises nationales à Kinshasa.
L’objectif affiché est d’éviter que le dialogue soit exclusivement centré sur la capitale. Élus, représentants de la société civile, autorités coutumières, confessions religieuses, communautés locales et diaspora devraient être associés aux consultations provinciales.
Les propositions recueillies doivent ensuite servir de base aux discussions nationales.
À terme, le pouvoir souhaite parvenir à un « pacte national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État », accompagné d’une matrice précisant les engagements des institutions, leur calendrier d’exécution et les résultats attendus.
Des rapports publics périodiques sont également annoncés pour permettre de suivre la mise en œuvre des décisions.
La commission préparatoire au centre des débats
La première épreuve du processus pourrait être la composition de la commission préparatoire.
Celle-ci devrait réunir des représentants des institutions, des forces politiques, des confessions religieuses, de la société civile, des autorités coutumières, des provinces, mais aussi des femmes, des jeunes, des victimes et des personnes déplacées.
Pour l’instant, les noms des membres, les critères de désignation et le calendrier précis des consultations provinciales restent attendus.
Pour l’opposition et une partie de la société civile, ces éléments seront déterminants pour juger de la crédibilité du processus.
L’opposition déjà sceptique
L’initiative présidentielle rencontre déjà une forte résistance dans les rangs de l’opposition.
Plusieurs figures politiques, notamment Franck Diongo, Seth Kikuni et Jean-Claude Vuemba, ont exprimé leur rejet du dialogue tel qu’il a été annoncé.
La coalition C64, qui regroupe notamment Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Martin Fayulu et Delly Sesanga, s’oppose également à l’architecture proposée.
Une position commune de cette coalition est attendue.
Au-delà du principe même du dialogue, les opposants veulent notamment des garanties sur l’équilibre des délégations, l’impartialité de la commission préparatoire, la liberté des échanges et la publication des résolutions.
Le principal défi pour le pouvoir sera donc de convaincre que ce dialogue ne constitue pas simplement une initiative destinée à conforter la position de la Présidence.
« La paix ne saurait signifier l’impunité »
Sur la question de la justice, Félix Tshisekedi a fixé une limite qu’il présente comme non négociable.
Le chef de l’État a reconnu que les violences ont parfois semblé offrir une voie plus rapide vers la reconnaissance politique que les mécanismes démocratiques.
Il a également évoqué la situation des victimes, certaines ayant été appelées à pardonner avant même d’obtenir réparation.
Le président exclut toutefois une amnistie générale.
Les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité, le génocide ainsi que les violences sexuelles graves doivent, selon lui, continuer à faire l’objet de poursuites.
« La paix ne saurait signifier l’impunité », a insisté Félix Tshisekedi.
En revanche, une porte reste ouverte aux combattants qui renonceraient volontairement aux armes et condamneraient l’agression. Ils pourraient être orientés vers les mécanismes de désarmement, démobilisation, relèvement communautaire et stabilisation, ainsi que vers les dispositifs de justice transitionnelle.
L’AFC/M23 exclu du dialogue politique
Autre ligne rouge annoncée par la Présidence : la participation de l’AFC/M23 au dialogue national.
Le mouvement est explicitement exclu en tant que composante politique, au même titre que tout groupe combattant l’ordre constitutionnel ou agissant, selon la Présidence, au service d’une puissance étrangère.
« Aucune conquête militaire ne pourra être convertie en légitimité politique », a déclaré Félix Tshisekedi.
Kinshasa maintient parallèlement les processus diplomatiques de Doha et de Washington.
Le processus de Doha porte notamment sur la cessation des hostilités entre Kinshasa et l’AFC/M23, tandis que le processus de Washington concerne principalement la dimension RDC-Rwanda.
Pour le pouvoir congolais, ces négociations ne peuvent cependant pas suffire à elles seules à régler les fractures internes du pays.
Retour des déplacés et restauration de l’autorité de l’État
Le dialogue annoncé s’inscrit également dans un contexte marqué par la guerre dans l’est de la RDC.
Kinshasa met notamment en avant plusieurs objectifs : le retrait des forces étrangères non invitées, la fin du soutien aux groupes armés, le démantèlement des administrations parallèles, la restauration de l’autorité de l’État et le retour des populations déplacées.
Ces enjeux devraient peser lourd dans les discussions nationales.
Les Églises et la société civile attendues
Les confessions religieuses devraient jouer un rôle important dans le processus.
Leur proximité avec les populations et leur autorité morale pourraient leur permettre de contribuer à la médiation et au suivi du dialogue.
Mais elles devront également, selon les attentes exprimées par la société civile, placer la vérité, la justice et la réparation des victimes au cœur des discussions.
La société civile devrait, pour sa part, réclamer une représentation effective des communautés affectées par les violences, des femmes, des jeunes et des personnes déplacées.
La transparence du financement du dialogue, la sécurité des participants et la publication régulière des rapports de suivi seront également des points de vigilance.
Un pari politique à haut risque
Le président Tshisekedi joue donc une partie politique importante avec ce dialogue national.
D’un côté, le pouvoir veut créer un espace de discussion capable de réunir les différentes composantes de la société congolaise et de dégager un nouveau pacte autour de la paix et de la refondation de l’État.
De l’autre, une partie de l’opposition refuse déjà le format proposé et redoute un processus contrôlé par le pouvoir.
La réussite de cette initiative dépendra donc moins de la cérémonie de lancement que de sa capacité à garantir l’inclusivité, la transparence, la liberté des échanges et le respect des engagements pris.
Sans garanties concrètes, le dialogue risque de rejoindre la longue liste des initiatives politiques congolaises qui n’ont pas permis de résoudre durablement les crises du pays.
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