Dans une déclaration diffusée sur les réseaux sociaux ce vendredi 9 octobre, l’ancien président congolais Joseph Kabila a multiplié les critiques contre le pouvoir de Félix Tshisekedi, dénonçant notamment la gestion de la guerre dans l’Est, les arrestations d’opposants et le projet de changement constitutionnel. Mais son absence de condamnation explicite de l’AFC/M23 et du Rwanda relance les interrogations sur sa position face au conflit.

Kinshasa, 9 octobre 2026. Joseph Kabila est sorti de son silence. Dans un discours publié sur les réseaux sociaux, l’ancien président de la République démocratique du Congo a dressé un réquisitoire contre les autorités actuelles, qu’il accuse notamment de poursuivre une guerre sans perspective de victoire. Mais alors que les combats se poursuivent dans l’Est du pays, son intervention se distingue par l’absence de condamnation explicite de l’AFC/M23 et du Rwanda, que Kinshasa accuse de soutenir la rébellion.

Un réquisitoire contre le pouvoir de Félix Tshisekedi

Dans son intervention, Joseph Kabila remet en question la stratégie militaire du gouvernement et dénonce le non-respect du cessez-le-feu de Doha. Il critique également la présence, aux côtés des Forces armées de la RDC (FARDC), de groupes armés tels que les Wazalendo et les FDLR, ainsi que leur approvisionnement en armes et en munitions.

L’ancien chef de l’État s’en prend par ailleurs aux arrestations d’opposants, de journalistes et d’activistes. Il exprime également ses préoccupations concernant le projet de changement de Constitution et l’accord sur les minerais conclu avec les États-Unis.

À travers ces différentes prises de position, Joseph Kabila met directement en cause la gestion politique et sécuritaire du président Félix Tshisekedi, qu’il accuse de poursuivre une guerre sans disposer des moyens ni de la volonté nécessaires pour la gagner.

L’AFC/M23 et le Rwanda, les grands absents de son discours

C’est l’un des points les plus remarqués de cette intervention : Joseph Kabila ne formule aucune condamnation explicite de l’AFC/M23 ni du Rwanda dans le discours présenté.

S’il dénonce les bombardements qui frappent les populations civiles et appelle à une solution politique, ses critiques portent principalement sur les choix du pouvoir de Kinshasa et sur les groupes armés qui combattent aux côtés de l’armée congolaise.

Pour sortir de la crise, l’ancien président préconise un dialogue national inclusif, reprochant aux autorités de ne pas donner suite à cette option.

Cette approche soulève toutefois une question centrale : comment envisager une sortie durable de la guerre sans clarifier sa position sur la rébellion qui occupe une partie du territoire congolais et sur le rôle du Rwanda, accusé par Kinshasa de la soutenir ?

Un contraste avec ses anciennes déclarations

Cette absence de condamnation rappelle les interrogations suscitées par certaines de ses précédentes prises de parole sur la crise sécuritaire.

En 2012, alors qu’il était président de la RDC, Joseph Kabila avait publiquement présenté le M23 comme un mouvement soutenu par le Rwanda et dénoncé l’implication de ce pays dans le conflit.

Le contraste entre cette position passée et son discours actuel alimente les critiques de ceux qui attendent de lui une condamnation sans ambiguïté de l’AFC/M23 et de Kigali.

Toutefois, son silence sur ces deux acteurs ne suffit pas, à lui seul, à établir une quelconque proximité avec la rébellion.

Des accusations politiques et judiciaires toujours contestées

La position de Joseph Kabila est également examinée à la lumière de ses relations conflictuelles avec le pouvoir actuel. Kinshasa l’accuse de collusion avec la rébellion, tandis qu’il a été condamné à mort par contumace pour trahison. Son camp conteste ces accusations et les procédures engagées contre lui.

L’ancien président fait également l’objet de sanctions américaines annoncées en 2026. Ces éléments contribuent à la sensibilité politique de son intervention, sans constituer, à eux seuls, une preuve de ses éventuels liens avec les rebelles.

Un appel à la paix qui suscite des interrogations

Alors que les combats se poursuivent dans l’Est, notamment dans la région de Rubaya, une partie de l’opinion congolaise attend des responsables politiques des positions claires sur les acteurs du conflit et les conditions d’un retour à la paix.

En appelant à « sauver le Congo » et en défendant l’idée d’un dialogue national, Joseph Kabila remet la question de la solution politique au centre du débat. Mais l’absence de condamnation explicite de l’AFC/M23 et du Rwanda risque d’affaiblir la portée de son message auprès de ceux qui considèrent la défense de l’intégrité territoriale comme une priorité absolue.

Au-delà des critiques adressées à Félix Tshisekedi, une question demeure : peut-on appeler à sauver le Congo sans se prononcer clairement sur ceux que Kinshasa accuse de participer à la guerre dans l’Est ?


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