Le Dr Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018 et figure de l’opposition congolaise, a vivement critiqué l’accord de paix négocié par les États-Unis entre la République démocratique du Congo et le Rwanda. Selon lui, ce texte répond davantage à des intérêts économiques qu’aux besoins réels de sécurité des populations congolaises.
L’est du pays toujours en proie aux violences
Alors que Washington affirme avoir contribué à une désescalade du conflit, l’est de la République démocratique du Congo reste marqué par de violents affrontements. Sur le terrain, la situation demeure préoccupante malgré les annonces diplomatiques et les espoirs suscités par cet accord.
Les populations civiles continuent de faire face aux déplacements forcés, à l’insécurité et à l’activité persistante des groupes armés dans plusieurs zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
« Une diplomatie transactionnelle »
En marge du Africa Forward, tenu à Nairobi, Denis Mukwege a dénoncé une logique qu’il juge déséquilibrée. Il estime que la RDC continue de céder ses ressources minières sans obtenir en retour la paix et la sécurité attendues.
Pour lui, il ne s’agit plus seulement d’une diplomatie transactionnelle, mais d’une forme de prédation économique qui fragilise davantage le pays et compromet sa souveraineté.
Rejet d’un troisième mandat
Le prix Nobel de la paix a également réagi au débat autour d’une éventuelle révision de la Constitution. Denis Mukwege s’oppose fermement à l’idée d’un troisième mandat pour le président Félix Tshisekedi, qu’il juge incompatible avec les principes démocratiques.
Selon lui, il serait incohérent de repousser les élections dans certaines provinces en raison de la guerre tout en envisageant l’organisation d’un référendum constitutionnel dans ces mêmes zones.
Un appel à la communauté internationale

Le médecin congolais a par ailleurs dénoncé l’attitude de la communauté internationale, qu’il accuse de rester passive face aux souffrances du peuple congolais. Il appelle les partenaires de la RDC à accorder une plus grande attention à la crise sécuritaire et humanitaire qui secoue l’est du pays.
En remettant en cause cet accord de paix, Denis Mukwege replace au centre du débat les questions de souveraineté, de sécurité et de respect de la volonté populaire en RDC. Son message se veut clair : aucune paix durable ne peut être construite sans justice, sans protection des civils et sans engagement réel en faveur des populations congolaises.
L’accord de Washington a certes relancé l’espoir d’un apaisement entre Kinshasa et Kigali, mais la réalité sur le terrain rappelle que la paix demeure fragile. Tant que l’est de la RDC restera exposé aux violences, aux déplacements de populations et aux activités des groupes armés, tout accord sera jugé à l’aune de ses résultats concrets.
Pour Denis Mukwege, la véritable avancée ne se mesurera pas aux annonces diplomatiques, mais à la capacité de ramener durablement la sécurité, la justice et la dignité aux populations congolaises.
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