Ils sont partout. Du rap à l’afropop, des charts aux clubs, les artistes d’origine congolaise règnent sans partage sur la musique francophone. En 2024, sept d’entre eux figuraient parmi les dix artistes les plus streamés en France. De Ninho à Gims, en passant par Tiakola, SDM, Dadju ou encore Damso, cette ascension fulgurante repose sur un héritage musical exceptionnel et une capacité unique à mélanger modernité et traditions congolaises.
Mais au-delà des hits, ces artistes sont aussi les porte-voix d’une diaspora attachée à ses racines et consciente des enjeux politiques qui secouent la République démocratique du Congo (RDC).
Un héritage musical puissant et revendiqué
L’influence de la musique congolaise sur la scène rap francophone ne date pas d’hier. Le groupe Bisso Na Bisso, à la fin des années 1990, a été l’un des premiers à marier rap et influences rumba ou zouk, tout en intégrant le lingala dans ses textes. Cette fusion culturelle s’est ensuite imposée comme une signature, adoptée par plusieurs générations d’artistes.
Aujourd’hui encore, Maître Gims, Ninho, Youssoupha, Kalash Criminel et bien d’autres rendent hommage à leurs origines en introduisant des sonorités congolaises dans leurs morceaux. Le lingala y est régulièrement utilisé, que ce soit pour exprimer un attachement aux racines ou simplement pour apporter une musicalité singulière.



Les collaborations entre artistes issus de la diaspora et figures de la scène musicale congolaise sont également fréquentes. On pense notamment aux featurings entre Naza et Koffi Olomide, ou encore aux apparitions de Fally Ipupa aux côtés de Damso, Ninho et Keblack.
Une musique qui fédère et fait danser
L’un des éléments clés du succès des artistes congolais est leur capacité à produire des morceaux festifs, taillés pour les clubs et les plateformes de streaming. Avec l’essor des réseaux sociaux et des challenges TikTok, les rythmiques inspirées du ndombolo, du soukous ou de l’afrobeats ont trouvé une audience mondiale.
Des artistes comme Tiakola, Franglish ou Niska exploitent ces influences pour proposer des sons à la fois dansants et accessibles, séduisant un public bien au-delà de la diaspora congolaise.
Dans une interview accordée à Jeune Afrique, Niska expliquait : “Les rythmiques afro, zouk, coupé-décalé ou ndombolo que j’ai entendues toute mon enfance alimentent aujourd’hui ma musique.” Une déclaration qui résume bien l’essence de cette domination musicale : un savant mélange entre tradition et modernité.
Entre musique et engagement : une voix pour le Congo
Mais si ces artistes dominent les classements, ils ne se contentent pas de divertir. Nombre d’entre eux utilisent leur notoriété pour sensibiliser à la situation politique et humanitaire en RDC.
Damso, natif de Kinshasa, évoque souvent dans ses textes les violences qui ont marqué son pays d’origine. Dans “Graine de sablier”, il rappe : “Les tirs de kalash m’empêchaient de rêver”. Plus récemment, il a financé un orphelinat à Kinshasa et lancé la fondation Vie sur nous, qui lutte contre l’exploitation minière illégale en RDC.
Gradur, quant à lui, a initié le projet “Kongo”, visant à promouvoir la culture congolaise et à dénoncer le conflit qui ravage l’est du pays. Dans un post sur les réseaux sociaux, il déclarait : “Il est important de rappeler ce qu’il se passe en RDC depuis plus de trente ans : un génocide.”
En janvier dernier, un collectif d’artistes parmi lesquels Ninho, Damso, Josman, Youssoupha et Kalash Criminel a sorti le morceau “Free Congo”, dénonçant l’indifférence internationale face aux violences du groupe rebelle M23.
Lors des Victoires de la musique, Gims, sacré interprète de l’année, a profité de son discours pour interpeller le public : “Un petit mot pour le Congo, mon pays. La situation est terrible. Goma est assiégée, c’est inhumain. J’aimerais qu’on y pense quelques minutes.”
Une domination qui ne faiblit pas
L’ascension des artistes d’origine congolaise dans la musique francophone ne semble pas près de ralentir. La nouvelle génération, incarnée par des talents comme Theodora, Jolagreen23 ou encore Jungeli, perpétue cette tradition d’excellence musicale en intégrant des sonorités modernes et en restant connectée à ses racines.
Plus qu’une simple mode, ce phénomène témoigne de la richesse et de l’influence culturelle de la diaspora congolaise. Une influence qui s’étend désormais bien au-delà de la France, jusqu’aux États-Unis et en Afrique, confirmant le soft power congolais à l’échelle internationale.
Des infos claires pour tous !
