Charles Ndombasi Lassa, connu du public sous le nom de Carlyto Lassa, est mort le lundi 31 août 2026 à Cincinnati, aux États-Unis, à l’âge de 65 ans. Sa disparition met fin au parcours d’un artiste dont la voix aura traversé plusieurs générations de la musique congolaise, avant de prendre une autre dimension dans le gospel et le ministère pastoral. L’annonce de son décès a notamment été relayée par le chanteur et pasteur Aimé Nkanu, puis confirmée par plusieurs médias congolais, dont Radio Okapi.

Mais Carlyto Lassa n’était pas simplement un chanteur. Son histoire est celle d’un homme passé de l’atelier de tailleur de Matadi aux grandes scènes de la rumba, puis de la chanson populaire à la prédication et à l’évangélisation.

De la couture à la musique

Carlyto Lassa naît le 15 janvier 1961, dans l’actuelle province du Kongo-Central, et grandit notamment à Kinshasa. Avant de se consacrer à la musique, il exerce le métier de tailleur à Matadi. Sa passion pour le chant se développe à la fin des années 1970, alors qu’il est encore adolescent. Des sources biographiques situent ses premiers pas artistiques autour de 1978, à l’âge de 17 ans.

Son talent est alors remarqué par le chanteur Gérard Madiata, qui contribue à le faire connaître dans les milieux musicaux. Le jeune chanteur est ensuite introduit auprès de Lutumba Simaro, alors à la recherche de voix capables de porter ses compositions avec une sensibilité particulière.

C’est à cette période que se dessine la singularité de Carlyto : une voix mélodieuse, limpide et mélancolique, capable de transmettre l’émotion avec une rare intensité.

L’univers de l’OK Jazz et la rencontre avec « Maya »

Le nom de Carlyto Lassa reste étroitement associé au Tout-Puissant OK Jazz et à plusieurs de ses grandes figures, notamment Lutumba Simaro et Papa Noël Nedulé.

Une précision historique mérite cependant d’être apportée : plusieurs publications le présentent comme membre de l’OK Jazz, tandis que des témoignages biographiques plus détaillés précisent qu’il n’était pas un membre permanent ou effectif de l’orchestre, mais intervenait notamment dans le sillage de Lutumba Simaro et sur différents enregistrements.

C’est surtout son interprétation de « Maya », une composition de Lutumba Simaro, qui va le révéler au grand public. Le morceau devient l’un des grands marqueurs de son parcours et installe durablement sa voix dans la mémoire des mélomanes congolais.

En 1984, Carlyto participe également à l’album Liki ya Bilima de Lutumba, où figurent notamment une autre version de « Maya » et « Bon Samaritain », œuvre associée à Papa Noël Nedulé.

Choc Stars : la consécration

La deuxième grande étape de sa carrière est son passage chez Choc Stars, l’un des orchestres les plus importants de la scène congolaise des années 1980.

Les sources les plus récentes, notamment Radio Okapi et plusieurs biographies consacrées à l’artiste, situent son arrivée chez Choc Stars en 1986.

Il y évolue aux côtés de grandes figures de la musique congolaise, parmi lesquelles Bozi Boziana, Debaba, Defao Matumona, Djuna Djanana et Roxy Tshimpaka. Sa voix apporte une couleur particulière à l’orchestre et contribue à son rayonnement.

Son passage au sein de Choc Stars participe à faire de lui l’une des voix remarquées de sa génération.

Une voix recherchée par les autres artistes

Au-delà de ses propres chansons, Carlyto Lassa est aussi apprécié pour sa capacité à intervenir dans les œuvres d’autres artistes. Sa voix est sollicitée dans plusieurs projets et collaborations de la scène congolaise.

Cette caractéristique lui vaut notamment d’être décrit comme un chanteur intervenant fréquemment dans les productions d’autres musiciens. Un article consacré à son parcours rappelle qu’en France, il continuait à prêter sa voix à différentes productions musicales.

Son style repose moins sur la démonstration que sur l’interprétation : une diction reconnaissable, une émotion contenue et un timbre immédiatement identifiable.

Paris et l’aventure solo

Dans les années 1990, Carlyto Lassa s’installe en France, principalement à Paris, et poursuit son activité musicale. Cette période représente cependant un moment plus difficile pour sa carrière, loin de la ferveur des grands orchestres kinois.

En 1996, il publie l’album Africa na Moto, une production qui lui permet de revenir sur le devant de la scène. L’œuvre contient notamment « Makolo ya Masiya », devenue l’un de ses titres les plus connus.

L’album est également intéressant par la richesse de ses collaborations. Des archives musicales mentionnent la participation de plusieurs instrumentistes et chanteurs, parmi lesquels Guy Sangue, Nguma Lokito, Lokassa et Popolipo.

« Makolo ya Masiya » occupe une place particulière dans son héritage. Contrairement à certaines présentations apparues après son décès, des analyses de la chanson montrent qu’elle appartient encore à sa période de musique profane et raconte une histoire d’amour, de séparation et de trahison.

Un tournant spirituel profond

Au milieu des années 1990, la vie de Carlyto Lassa prend une direction nouvelle.

Il se convertit au christianisme, autour de 1995-1996 selon plusieurs sources, et entreprend progressivement de quitter l’univers de la musique profane pour consacrer son talent au gospel, à la louange et à l’évangélisation.

Ce changement n’est pas une simple parenthèse dans sa carrière. Il devient le nouveau centre de son existence.

Dans son parcours, le chanteur laisse progressivement place au chantre, puis au pasteur et évangéliste. Radio Okapi, qui l’a reçu le 23 juin 2026 dans l’émission Le Grand Témoin, résumait cette nouvelle orientation par une phrase devenue particulièrement symbolique : « Ma voix chante la gloire de Dieu ».

« La Reconnaissance » : une nouvelle identité musicale

En 2001, Carlyto publie l’album gospel La Reconnaissance. Cette œuvre marque véritablement sa nouvelle orientation artistique et spirituelle.

L’album contient notamment « Kumama Yawé », « Tala Muana Na Mpate », « Pole Na Ngai », « Reconnaissance », « Bolingo » et « Yesu Yo Mobikisi ».

Il poursuit ensuite son parcours avec Confiance – Kili Kili Azongi, sorti en 2004. Le projet comprend notamment « Esengo », « Kili Kili », « Tu Es La Vie », « Kombo Na Yesu », « Bitumba » et « Confiance », avec la participation de Golly Imengo et d’autres artistes.

Son répertoire religieux témoigne alors d’une transformation complète de son expression artistique : la voix qui racontait autrefois l’amour, la passion et les blessures de la vie devient une voix consacrée à la foi.

De chanteur à pasteur

Avec le temps, Carlyto Lassa ne se contente plus d’enregistrer des chansons chrétiennes. Il s’engage dans les campagnes d’évangélisation, les séminaires, les moments de louange et la prédication.

Selon Télé 50, son parcours évolue progressivement de celui d’artiste à celui d’adorateur, puis de pasteur missionnaire, consacré au ministère pastoral au cours des années 2020.

En France, il mène parallèlement une vie professionnelle qui tranche avec l’image traditionnelle de la vedette musicale.

De la scène à la vie ordinaire à Paris

Installé en région parisienne, Carlyto exerce également dans le secteur de la sécurité et du gardiennage. Un article publié en 2018 rapportait qu’il travaillait comme superviseur autour de la Gare du Nord, tout en continuant à consacrer une partie de son temps au ministère chrétien.

Cette facette de sa vie illustre un aspect moins connu de son parcours : après avoir connu la célébrité, il accepte de mener une vie professionnelle ordinaire tout en poursuivant sa mission religieuse.

Une dernière apparition quelques heures avant la fin

Le destin aura voulu que les dernières heures publiques de Carlyto Lassa soient liées précisément à ce ministère auquel il avait consacré les dernières décennies de sa vie.

Il se trouvait à Cincinnati, dans l’Ohio, aux États-Unis, pour participer à une campagne d’évangélisation organisée les 29 et 30 août 2026 par la Torrent Kerith Church, autour du thème « La Prière Délivre ».

Le dimanche 30 août, soit la veille de sa mort, il a encore conduit les fidèles dans la louange avant de prendre la parole pour prêcher. Cette prestation constitue, selon les médias qui ont documenté l’événement, sa dernière apparition publique connue.

Le lendemain, lundi 31 août, la nouvelle de sa disparition est annoncée.

Une mort encore entourée de prudence

Carlyto Lassa est décédé à Cincinnati à l’âge de 65 ans. Son décès a été relayé par le chanteur Aimé Nkanu et confirmé par plusieurs médias congolais.

Sur les circonstances précises de sa mort, la prudence reste toutefois de mise. Certaines publications évoquent une crise cardiaque, mais Radio Okapi indique que les circonstances exactes du décès ne sont pas établies de manière concordante. Il est donc préférable, à ce stade, de ne pas présenter cette cause comme officiellement confirmée.

Cette précaution est d’autant plus importante que Carlyto avait déjà été victime d’une fausse annonce de décès en 2019, démentie à l’époque par ses proches et par Aimé Nkanu.

Une voix entre deux mondes

L’héritage de Carlyto Lassa repose sur une trajectoire peu commune.

Il a d’abord été tailleur à Matadi, puis une jeune voix remarquée par Gérard Madiata. Il est devenu l’un des interprètes associés à l’univers de Lutumba Simaro, s’est imposé auprès de Choc Stars, a poursuivi une carrière solo avec Africa na Moto, puis a complètement réorienté son talent vers le gospel et le ministère pastoral.

Sa particularité est peut-être là : Carlyto Lassa n’a pas abandonné sa voix en changeant de vie ; il a changé le message porté par cette voix.

Pendant des années, les mélomanes l’ont reconnu sur « Maya », « Makolo ya Masiya » et les différents titres de son parcours populaire. Plus tard, les fidèles l’ont retrouvé dans « La Reconnaissance », « Tala Muana Na Mpate », « Confiance » et dans ses campagnes d’évangélisation. Sa carrière musicale et son parcours spirituel constituent ainsi les deux grands chapitres d’une même histoire.

Quelques semaines seulement avant sa disparition, Radio Okapi l’avait encore présenté comme une ancienne icône de la musique populaire devenue chantre chrétien, preuve qu’à la fin de sa vie, Carlyto assumait pleinement cette double identité.

Carlyto Lassa en quelques dates

15 janvier 1961 — Naissance de Charles Ndombasi Lassa.
1978 — Ses débuts musicaux à l’âge de 17 ans, selon plusieurs biographies.
Années 1980 — Collaboration avec Lutumba Simaro et apparition dans l’univers de l’OK Jazz.
1984 — Participation à Liki ya Bilima de Lutumba.
1986 — Arrivée chez Choc Stars.
Années 1990 — Installation en France.
1996 — Sortie de Africa na Moto, avec notamment « Makolo ya Masiya ».
Vers 1995-1996 — Conversion au christianisme selon plusieurs sources biographiques.
2001 — Sortie de La Reconnaissance.
2004 — Sortie de Confiance – Kili Kili Azongi.
23 juin 2026 — Dernière interview médiatique documentée, sur Radio Okapi.
29-30 août 2026 — Campagne d’évangélisation à Cincinnati.
31 août 2026 — Décès à Cincinnati, à 65 ans.

L’héritage

Carlyto Lassa laisse derrière lui bien plus qu’une discographie. Il laisse une empreinte vocale, des chansons devenues des repères de la rumba congolaise et un parcours spirituel qui a profondément changé le sens de sa carrière.

En juin 2026, quelques semaines avant sa mort, il déclarait encore à Radio Okapi que sa voix chantait désormais la gloire de Dieu.

Une phrase qui, aujourd’hui, ressemble presque à une signature laissée au terme de sa vie artistique et spirituelle.

De la rumba au gospel, de la scène à la chaire, Carlyto Lassa aura consacré près d’un demi-siècle à la musique. Sa voix s’est tue à Cincinnati. Son répertoire, lui, reste.


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