Contexte tendu, retour remarqué

Joseph Kabila, ancien président de la RDC (2001-2019), est réapparu sur le devant de la scène politique. Depuis le 23 mai 2025, il mène ce qu’il appelle des « consultations citoyennes » à Goma, capitale du Nord-Kivu, une région lourdement affectée par la guerre et partiellement occupée par les rebelles du M23/AFC.

Son retour intervient après un long silence. Et surtout, à un moment critique : la population est exaspérée par l’insécurité persistante, la crise humanitaire s’aggrave, et le pouvoir de Félix Tshisekedi est de plus en plus contesté.

Consultations ou manœuvre politique ?

Kabila affirme vouloir écouter la population. Il a rencontré tour à tour chefs religieux, autorités traditionnelles, et bientôt la société civile. D’après les témoignages recueillis, il n’a pris aucune position tranchée sur le conflit ni fait de promesses concrètes. Il s’est présenté comme un ancien chef d’État soucieux de la paix, prêt à « accompagner » le peuple congolais.

Mais ce ton posé contraste avec la virulence de son discours du 23 mai : accusations de corruption, de mauvaise gouvernance et de dérive autoritaire à l’égard du régime en place, appel à un « pacte citoyen », et même à un « serment de soldat », qui a suscité des inquiétudes.

L’Institut pour la Recherche en Droits Humains (IRDH) a salué certaines critiques justes, mais s’est dit préoccupé par le caractère militaire du langage utilisé, jugé incompatible avec une mission de paix. L’IRDH regrette également que Kabila n’ait pas pris position sur le rôle du Rwanda dans le conflit actuel, ni sur la résolution 2773 de l’ONU qui exige le retrait du M23 et des troupes rwandaises.

Un climat politique tendu

Les consultations de Goma ont lieu alors que la tension politique monte à Kinshasa. Plusieurs voix craignent une tentative de retour actif de Kabila dans l’arène politique, alors que son parti, le FCC, tente de se repositionner.

D’autres y voient une simple manœuvre d’image, pour regagner en influence. Le fait qu’il n’ait pas évoqué Félix Tshisekedi ni le M23 dans ses prises de parole interroge. Peut-on vraiment parler de paix sans nommer les acteurs du conflit ?

Que veulent les populations ?

Les chefs coutumiers rencontrés par Kabila ont dit leur souffrance, leur désespoir, mais aussi leur attente d’une vraie paix. L’un d’eux a salué l’écoute attentive de l’ancien président, tout en reconnaissant qu’aucune solution concrète n’a été évoquée.

Pour beaucoup de Congolais·es, la priorité est claire : sécurité, retour des déplacés, accès à la nourriture et à la santé. Et surtout, que cessent les manipulations politiques sur fond de guerre.

Info Simple décrypte :

Ce qu’on sait :

  • Joseph Kabila consulte, écoute, mais ne prend pas clairement position.
  • Il critique vivement le pouvoir, mais évite d’évoquer le Rwanda ou le M23.
  • Son discours mêle paix et rhétorique militaire.

Ce qu’on ignore :

  • Quelle est sa véritable ambition ? Une médiation neutre ? Un retour aux affaires ?
  • Que dira-t-il lors de la conférence de presse annoncée à Goma ?
  • Sera-t-il capable de rassembler autour d’un projet au-delà des rancunes politiques ?

Conclusion : une paix sans mémoire ?

L’initiative de Kabila interroge. Peut-on être l’artisan d’un nouveau départ quand on fut à la tête du pays pendant 18 ans ? Peut-on porter la paix sans assumer sa part de responsabilité dans les conflits passés ? Et surtout, peut-on parler de paix sans évoquer clairement les acteurs de la guerre actuelle, et les attentes des victimes ?

La suite des événements – notamment la conférence de presse à Goma – pourrait apporter des réponses. Mais une chose est sûre : la population, elle, attend des actes, pas seulement des paroles.

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